Contexte : pourquoi Ice Memory ?

Les glaciers sont de véritables sentinelles qui enregistrent de nombreuses données permettant de comprendre et de retracer des phénomènes climatiques et environnementaux sur plusieurs siècles, voire millénaires. Avec le changement climatique, les glaciers sont des archives en danger. Il est primordial de les sauvegarder car ils nous permettent de comprendre les environnements passés pour anticiper les changements futurs.
Mer de glace Chamonix en 1895
Mer de glace Chamonix en 2019

Les glaciers, des archives en danger

Les données scientifiques issues des carottes de glace forées dans les glaciers ont largement contribué à la connaissance universelle par la compréhension de notre climat et de notre environnement et apportent des données objectives qui alimentent les prises de décisions pour la pérennité de l’humanité. Elles permettent notamment à la communauté internationale, via le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de poser le contexte physique planétaire guidant les politiques de transition à mettre en œuvre pour limiter le réchauffement climatique.

Cependant, les glaciers reculent inexorablement presque partout sur le globe. Ce phénomène altère irrémédiablement la composition chimique des strates de neige, détruisant ainsi pour toujours le potentiel de ces archives à reconstruire l’histoire de signaux géochimiques en lien avec le climat, les activités humaines, ou encore l’évolution biologique de notre environnement. Ainsi, avant la fin du siècle, les domaines englacés situés en dessous de 3500 mètres dans les Alpes, et de 5400 mètres dans les Andes, auront probablement disparus.

Convaincus que cet inestimable patrimoine doit être sauvegardé sans plus attendre, des scientifiques de plusieurs nations ont décidé de collecter des échantillons des glaciers en danger (carottes de glaces) afin que les chercheurs des générations futures puissent bénéficier d’une matière première de qualité et continuer à contribuer à la science environnementale et climatique, cruciale pour l’avenir de l’humanité.

Sauvegarder la mémoire de la glace : comprendre les environnements passés pour anticiper les changements futurs

Les couches de neige puis de glace, traversées lors d'un forage jusqu'au socle rocheux du glacier, renferment chacune l'état du climat et de l'atmosphère au cours des années successives et en sont les uniques enregistrements naturels. Les couches les plus profondes sont aussi les plus anciennes, leur âge allant du siècle à quelques millénaires. Parfois, on peut rencontrer à la base de ces glaciers des couches formées lors du dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans.

Les analyses réalisées sur les carottes de glace permettent de reconstruire les variations passées du climat, de l'environnement et tout particulièrement de la composition atmosphérique : variations de la température, des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, des émissions d’aérosols naturels ou de polluants d’origine humaine…

Les glaces offrent un regard sans équivalent notamment sur l'augmentation des pollutions atmosphériques au cours du siècle dernier, en mettant en avant les disparités régionales et en caractérisant l’origine de ces pollutions.

Un patrimoine déjà impacté

Les Alpes

Les glaciers des Alpes sont des vigies européennes primordiales. Véritables laboratoires d’altitude, les glaciers alpins sont étudiés depuis longtemps. Leurs retraits accélérés récents sont liés au réchauffement global. Au centre d’une Europe industrialisée, les glaces du Mont Blanc ont notamment préservé des traces des variations climatiques naturelles du dernier millénaire.

Alors que la température s'est accrue de 1°C sur le territoire français au cours du XXe siècle (contre 0,6°C au niveau mondial), elle a augmenté de 1 à 3 degrés à 1800 m en hiver dans les Alpes. De même, des mesures in-situ réalisées dans un trou de forage au Col du Dôme à 4300m d'altitude dans les Alpes françaises ont montré une augmentation de la température à la surface du glacier de près de 1,5°C entre 1994 et 2005. On sait que la température de la glace au Col du Dôme est fortement liée à celle de l’air et que le réchauffement futur accélèrera ce réchauffement glaciaire.

Les Andes

La barrière andine, géographiquement unique, permet de faire le lien entre la zone tropicale, moteur du climat, et des régions de haute latitude où des archives glaciaires couvrant de plus longues périodes existent déjà (800000 ans en Antarctique).

L’augmentation de la température liée au réchauffement climatique sera plus forte dans les zones tropicales vers 6000 m d’altitude, pouvant atteindre +5,5°C d’ici 2100 selon certains scénarios. Les études des glaciers andins montrent des reculs très significatifs, voire des disparitions dans les régions tropicales, dès la fin du XXe siècle. C'est le cas notamment dans les Andes où le retrait abrupt des glaciers depuis 1960 a conduit à la disparition de bon nombre d'entre eux comme le glacier de Chacaltaya en Bolivie. Ce retrait des glaciers est extrêmement préoccupant pour les ressources en eau des populations locales.

Les dernières glaces africaines

Le Kilimandjaro, plus grand massif volcanique isolé du monde est la plus haute montagne d'Afrique. Culminant à 5895 m à son sommet, il constitue un phénomène naturel exceptionnel par sa situation isolée au-dessus des plaines voisines donnant sur la savane.le Kilimandjaro est connu pour sa calotte glaciaire sommitale en phase de retrait accéléré depuis le début du XXe siècle et qui devrait disparaître totalement d'ici la fin du XXIe siècle. La baisse des précipitations neigeuses qui en est responsable est souvent attribuée au réchauffement climatique mais la déforestation est également un facteur majeur.

Publié le  22 juillet 2019
Mis à jour le 14 octobre 2021